Écrire sur un mur


Ma résidence a débuté en septembre. Elle s’étendra, avec pause et rallonges, au moins jusqu’en septembre 2015.
Je me suis fixé deux axes principaux, placés sous le large spectre du projet Général Instin (GI) : la rue Dénoyez à Paris Belleville (d’hier, d’aujourd’hui, de demain, en débordant un peu sur le quartier) et l’écriture sur les murs, le graffiti en général, des fresques pariétales à l’art urbain contemporain – sans souci d’exhaustivité.
Je ferai de temps en temps un point dans cette rubrique, également pour tenir au courant les autres participants au GI (à ce jour plus de 160) et ceux qui souhaiteraient y participer, s’ils veulent s’y greffer. Cet article est ouvert aux commentaires en bas de page (+ envoi de mail en cliquant sur mon nom).
Je suis en résidence à

la Maison de la Plage,

association qui réalise, en collaboration avec les services publics (conseil de quartier, Mairie du XXe, Ville de Paris…), des « actions éco-participatives pérennes dans l’espace public » qui fédèrent associations locales et habitants. Elle est entre autres à l’origine du projet de végétalisation de la rue Dénoyez avec la création d’un pot dédié à chaque immeuble, et de la table d’orientation du belvédère du parc de Belleville, rue Piat.
Sa forte implication dans le quartier donnera un point d’ancrage à mon projet.
La Maison de la Plage, dirigée par Marie Decraene et Areti Tzia, se situe au 18 bis de

la rue Dénoyez,

devenue depuis une dizaine d’années la rue parisienne du street-art, où cette pratique est tolérée, qui attire une foule de curieux et est englobée dans les circuits touristiques.
La rue Dénoyez c’est aussi le Bas Belleville, mythique Belleville de la fête et de la mixité communautaire depuis le XIXe siècle, à l’époque des guinguettes, des bals et de la Commune.
Fêtes, révolutions, migrations : une histoire de France.

Depuis les années 2000, des artistes s’y sont installés à l’initiative de la Ville, notamment d’anciens squatters artistiques de la Grange-aux-Belles où précisément le projet Instin est né en 1997. Leur présence a peu à peu métamorphosé le quartier.

Ce qui m’intéresse aussi c’est que la rue s’apprête, une fois encore, à être transformée. Un projet immobilier municipal concerne quasiment la moitié de la rue côté numéros pairs, jusqu’à la rue de Belleville (café le Vieux Saumur, face aux Folies), avec la création d’une crèche et de logements sociaux.
Certains habitants s’élèvent contre le projet et veulent « sauver la rue Dénoyez ». D’autres le soutiennent. Les artistes concernés doivent être relogés dans l’arrondissement.

J’ai déjà réuni beaucoup de documentation sur cette rue de 156 mètres, pour fabriquer une rue-monde, une rue dont le petit périmètre convoque des bribes d’un espace-temps plus large. Au fil des mois, je rencontrerai ceux qui y vivent ou y travaillent, dresserai une carte numéro par numéro, territoire géographique, mémoriel et subjectif, animant en parallèle un atelier d’écriture (GEM la Maison de la Vague et Artame Gallery).

Écrire sur les murs de la ville, de la rue, de la mémoire. Les murs qui protègent, ceux qui excluent. Envisager tous ces murs comme un vaste espace d’exposition, en y ajoutant des murs Web comme celui du Textopoly.

Le mur

Spot privilégié des graffeurs, un grand mur occupe le début de la rue depuis Belleville. Aux beaux jours, il peut être recouvert plusieurs fois dans la journée par des artistes, confirmés ou débutants, venus du monde entier.
Or ce mur a une histoire. C’est l’enceinte des Folies de Belleville (à ne pas confondre avec le café), célèbre bal qui pouvait accueillir 1000 personnes, appelé Dénoyez (du nom du propriétaire), lieu de réunions politiques (on y prépare la Commune dès 1869), devenu théâtre, music-hall (Edith Piaf, Fréhel, Line Renaud...) puis cinéma, avant finalement d’être occupé par un supermarché (entrée au 8 rue de Belleville).

Le Général Instin (GI)

On peut télécharger une brève présentation de ce projet ouvert. Voir aussi la rubrique dédiée sur remue.net.
Cette année de résidence s’inscrit dans le prolongement de deux festivals GI que le street-artiste SP 38 et moi avons organisés rue Dénoyez, avec la galerie Frichez-nous la Paix et de nombreux participants : en juillet 2013 avec notamment un affichage monumental sur le mur Les Transmissions issu d’une résidence à La Panacée, Montpellier, et en mai-juin 2014 pour la Conquête du pays Ugogo, d’après une œuvre de Vincent Tholomé et Maja Jantar (contributions à paraître sur remue).

Cette année j’envisage

deux nouveaux temps,

événements d’une semaine à chaque fois, en mai-juin et septembre 2015, qui concerneront plusieurs lieux de la rue (galerie, mur, café...). J’inviterai des artistes (écrivains, comédiens, street-artistes...) et des spécialistes du graffiti ou de l’art urbain pour de courtes conférences in situ.

Écrire sur un mur, ce serait chercher la formule magique qui rend capable de le traverser. Comme les fantômes, les « passe-murailles ».

Merci à ceux que j’ai déjà croisés : Antonin Crenn, Marie Decraene, GEM Artame Gallery, GEM la Maison de la Vague, Thierry Lainé, Valérie Marange, François Massut, Mohammed Ouaddane, Pedrô !, Édouard Razzano, SP 38, Lucie Taïeb, Areti Tzia.

15 octobre 2014
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