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Ismaël Jude | L’atelier volant #1

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Nous nous sommes d’abord présentés les uns aux autres.
Chacun a dit comment étaient les lieux de son enfance dans le désordre de ses souvenirs.

COMMENT C’ÉTAIT CHEZ VOUS ?

Texte de KF

Les lieux de mon enfance, ce sont les maisons familiales. La maison familiale, l’appartement de famille de mes grands-parents et de mes parents.
Du parquet, en chêne, des moulures au plafond, des cheminées grandes, en marbre dans chaque pièce avec une glace au-dessus qui reflète les chandeliers allumés avec les lumières des 5 bougies de chaque chandelier. En général 2 chandeliers sur le bord de la cheminée. Ces lumières vivantes de la fête, qui font danser les arbres des moulures et des visages sur les expressions de joie et de bonheur d’être ensemble.
Le matin, ce sont des micro-bruits de maison ancienne, le chêne ancien, le bois qui craque. Le déplacement silencieux d’un chat sauvage qui va vérifier s’il n’y aurait pas une souris ou 2 à chasser dans un lieu idoine, en général la chambre, le cellier ou la cuisine. C’est aussi le cliquetis des griffes du chien sur la pierre, la tomette ancestrale du sud, puis sur le plancher de chêne – quand il décide de venir me voir.
Le coucher dans les draps de lin, rêches et doux à la fois. Si lourds et si sympa pour dormir lorsque les autres crèvent de chaud.
La maison familiale qui a été conçue et construite par mon arrière-arrière grand-père du côté de ma grand mère avant 1900. Une maison immense avec ses 9 très grandes pièces sur deux étages. Les plafonds à plus de 4,50 m. Avec cette grande terrasse au-dessus de laquelle figure la glycine bicentenaire, au tronc de baobab.

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En prévision de la rencontre du 17 juin autour de "La fin de l’hospitalité" de Fabienne Brugère et Guillaume Le Blanc, nous nous sommes demandé quels étaient, pour chacun d’entre nous, les lieux d’hospitalité, au sens large.

Texte de KF

Sensass
Pollestres
Indépendance américaine
Le Moulin de Patrick
Redon-Est
Ravignan
Colonel Pézenas et Béatrice
38, rue des Ecoles
Ste Marie de Deu
Villa d’Este - Fontenay-sous-Bois
Montjay-la-Tour / Marronier
Haute Corse H2O
La ville brûle
Jean Vieillard - θ -
Collège de France
La villa Flippi de KVH et Jessica
• Liberté - développement - aventure - soif, chaud
• L’espace et un catholicisme romain qui vire à la huguenotrie. La sensation d’être un privilégié... y. c. cours de tennis et de Golf.
• La gentillesse et la démesure de l’Est.
• Le calme paisible d’une demeure historique française, engoncée dans la nuit et dans la brume tout autant que dans son Histoire.
La rue Lagrange

Arrivé dans un virage en Z à double 90 °, vous rentriez au milieu du deuxième virage dans ses 45 °, pour surgir, le large portail vert pomme pâle, couleur du midi Languedoc, aussitôt franchi, dans une cour en L.
Le portail débouchait sur une large terrasse en face de vous et, sur notre gauche, les poubelles cachées derrière le battant d’un volet du portail et aussi par un énorme buisson que l’on taillait peu, de sorte qu’il remplissait bien son office de cache misère.
Sur la droite, tout en long, il y avait cet auvent, le garage de 90 m de long. Plus de 10 m de haut. Éclatante et blanche, la pierre. Une muraille du Moyen-âge en torchis ancien qui date du temps des templiers. Au sommet de ce mur, à plus de 15 m de haut, les toits des maisons adossés.

Les toits étaient faits d’immenses tuiles vernies, colorées du siècle dernier.
Les deux côtés du L étaient en pente qu’il fallait bien grimper pour aboutir sur du plat. Nous prenions le plus souvent - mais pas toujours - à gauche vers la grande demeure familiale. Sortis de la calèche, et plus tard, de la voiture, nous repartions vers la pente du L mais avant d’y arriver, nous tournions à droite dans le jardin d’agrément étincelant de vert et de luxuriance, de la verdure du Sud, des plantes inondées de soleil, mais qui ne manquent pas d’eau.

Entrés dans le jardin, nous faisions quelques mètres pour tourner à droite vers les 8 marches du perron qui donnait sur la terrasse ombragée de la glycine, havre de paix adoré de tous ceux qui y avaient jamais goûté à 25 km à la ronde.
Devant nous, la porte bourgeoise en bois peint marron, à double auvent, heurtoir ouvragé, poignées boules etc., vitraux qui nous faisaient face. Une grande marche d’une seule pierre pour franchir le seuil.

Pour avertir de notre présence, point de sonnette, mais un énorme heurtoir du 19e siècle qui trônait au centre de cette porte à deux battants. A hauteur d’homme, derrière des grilles en fer forgé, il y avait des sortes de vitraux colorés de fin 19e, qui de l’extérieur masquaient la vue du visiteur, alors que de l’intérieur, ils nimbaient la vue de couleurs vives et éclatantes, chatoyantes en été et mordorées en hiver.

Lorsque cette majestueuse porte s’ouvrait, nous pénétrions dans un hall rectangulaire de 5m X 15, avec au fond en face de nous une deuxième double porte, mais intérieure le bas étant en bois, alors qu’à hauteur d’homme et de géant était une vitre transparente et blanche gravée au chiffre et armoiries du propriétaire, mon arrière arrière grand père du côté de mon père et par sa mère et la mère de celui ci. Les choix des hôtes précédents, d’un bon goût luxueux et plaisant à voir, avaient été préservés et protégés. Entretenu avec amour, ils transmettaient nonchalamment et par osmose directe, une science sûre du bon goût en mélange de la qualité traditionnelle du Languedoc Roussillon et des exigences du recevoir à Paris, capitale riche où il fallait bien monter et tenir son rang.

Ce hall comportait en chacun des murs du milieu des doubles portes de traverse qui menaient à votre droite dans le grand salon où l’on tenait aisément à vingt personnes les grands jours de fêtes ; cette pièce étant cependant fort encombrée d’un piano, d’un sofa, d’une liseuse, de chaises et de fauteuils Louis XV en nombre et de 2 fauteuils crapauds recouverts d’une soie de Chine noire tissée de bleus et d’ors d’un effet prodigieux sur nous, les enfants, mais je gage que l’ensemble valait largement le coup d’œil et son déplacement pour nos visiteurs occasionnels et réguliers.
Après avoir longtemps discutaillé, mené conversation, avec anecdotes et force bons mots comme on en est friand en France depuis plus de 500 ans, vu que je sais qu’à la cour d’Henri le troisième déjà la chose était courue et reconnue. Mais sous Charles IX autant, et Henri I ou François 1er aussi. Aussi cette mode se perpétua-t-elle lorsque Henri IV, successeur huguenot du bon roi catholique Henri III eut son règne. Après donc avoir discutaillé, mené la conversation, écouté et bien ri, on avait dès lors bu jusqu’à trois apéritifs avant de passer à table de l’autre côté du hall passant la double porte, nous étions trois mètres plus loin jetés sur la grande table de la maison sur laquelle on pouvait tenir à 4 ou 5 dans la longueur et à 2 personnes bien confortablement (3 si nécessaire) dans les côtés.

Texte d’Abou

La première fois que je me suis senti bien accueilli, je me suis senti chez moi, respecté et considéré comme un être humain, c’était dans un village qui s’appelle Wodobere au Sénégal dans la région de Fonta. C’est un village de l’ethnie Peulh - parce que moi aussi je suis Peulh. Dans nos traditions et nos coutumes, quand tu arrives dans un autre village, les gens que tu trouves là-bas, ils t’ont égorgé un mouton ou une chèvre ou une vache. Tu te sens respecté. C’est ce qui m’est arrivé, ils m’ont égorgé un mouton, je ne l’oublierai jamais. Ce qu’ils m’ont fait dans ma vie. C’est un grand honneur pour moi. Quand je suis arrivé, c’est la fille du chef du village qui m’a accueilli. Elle est née dans une famille très respectée. C’est une princesse.

Texte de Javier

1) NICARAGUA (1993) back then in 1993 in my way to the USA ; I met a Nicaraguan family that welcomed me to their home, feed me, and I was given a place to sleep that night, & the next morning she sent her son to guide me to the road to take the bus, so that, I continue my trip North.

2) SEATTLE (USA) I was welcomed in this place. There used to be an organisation called "The millionaire’s Club" from where they sent people to work out on their families, then I met so many good people who welcomed me, exchange ideas & helped me out, like Tim Davidson, Chuck, Suett, etc.

3) Job Corps. Albany (NY). In this living on - Campus School, we all were welcomed very much... Mrs Ose, Mrs Smith, Mrs Hines, treated us good, I lived there one year...

4) Guyane française (France). There I was welcomed by the Soeurs Catholiques
Les Amandiers (Cayenne)

For the second time after 7 years almost I was entering Les Amandiers, this famous & most representative park of Cayenne... As I was entering a sensation came to me, a nostalgia invaded me, I felt that I wanted to cry... something dark... I can’t believe myself I am again after so many years in this awesome park of Cayenne... in front of the Atlantic Ocean... as I saw the park after so many years... it is still the same... exactly the same... The breeze still behaves & feels the same, with the same sound, the same speed... The weather is hot, the air is hot... & at the front you see the Ocean, big & clear.

Texte de Thomas W.

Pour moi, l’hospitalité commence dans la maison familiale avec les parents et les frères et sœurs.

1. Dans la maison de famille avec mes parents
2. L’école avec les autres enfants dans la classe, le sport et d’autres activités. C’étaient les mêmes personnes depuis le Jardin d’enfant jusqu’au Lycée, de 5 ans jusqu’à 18 ans. La ville n’était pas tellement grande. Toute la famille est née après la seconde guerre mondiale. Un ami au coin de la rue avait 12 frères et sœurs. Nous sommes 5. Un frère et trois sœurs.
3. A l’église
4. YMCA avec les jeunes de toutes les autres écoles et les boyscouts
5. Avec la famille étendue, les oncles, les tantes, les cousins
6. A l’Université
7. Dans les restaurants comme McDo. Je ne mange pas beaucoup dans les restaurants. Il y a beaucoup de convivialité.
8. 1974-1976. Peace Corp. au Costa Rica et Honduras. Dans un groupe de bénévoles, j’ai travaillé comme agriculteur deux ans. J’ai habité San Antonio de Bellin. Au Honduras, j’ai travaillé comme avocat.
A la New Orleans, j’ai travaillé comme avocat aussi de 1971 à 1973. Je suis avocat. C’était un groupe d’avocats à la New Orleans. Nous intervenions sur les problèmes de la pauvreté. Il y a beaucoup de problèmes. La solution n’est pas le tribunal. C’est le travail. C’est mieux que le voisin apporte de l’aide à son voisin. C’est mieux que le gouvernement. L’Etat est le dernier recours pour les pauvres après la famille, l’église et le voisin.
9. Communauté des Warao. Un groupe d’Indiens du Venezuela.
10. Bangladesh, un peuple très hospitalier. Les bengalis, comme les gens d’Amérique latine, sont très hospitaliers. Il n’y a pas de problème avec la langue. Tu es le meilleur ami en cinq minutes. En France, oui.
11. Israël un peu. Ils sont comme les Français un peu réservés. Les gens ne sont pas inhospitaliers mais réservés.
12. La France, l’Europe, c’est un peu comme Israël. La personnalité. La majorité sont américains ou européens. Ils sont réservés.

Des lieux d’hospitalité, je ne me rappelle plus. De tous mes souvenirs, c’est avec ma famille depuis le commencement de ma vie. Bien sûr, il y a 8 ans entre ma naissance et celle de ma dernière sœur. En ce jour de 1955, mon père a acheté la maison de ma famille qui reste là dans ma ville, louée, après la mort de mes parents.

C’était la maison familiale que j’ai habitée jusqu’en 1965 quand je suis parti pour l’Université. C’est la même maison où mes parents habitaient jusqu’à ce qu’ils partent un peu de temps avant de mourir. Ma mère en 2004 et mon père en 2006.

La maison est située dans les "Suburbs" d’une petite ville de 40.000 habitants dans le sud des États unis, dans l’État du Mississipi, à côté de la rivière Mississipi et du Mississipi River Delta. Greenville est la ville principale de la zone.
Bon, la maison était bâtie sur une petite terre d’1/8 d’acre (hectare). Il y a une place pour une voiture à côté et une voie jusqu’à la porte en face. En entrant, il y a un passage long qui passe par toutes les chambres principales et une toilette qui contient la douche comme c’est la coutume aux Etats Unis.
Entre la porte et la salle, il y a la grande porte d’entrée et cette salle passe directement à la salle à manger qui ouvre sur la cuisine. Dans la cuisine, il y a un frigidaire et un freezer et la table où nous mangions le petit déjeuner. Nous prenions toujours le déjeuner et le dîner dans la salle à manger principale.
Mon frère et moi dans une chambre, mes 3 sœurs dans une chambre et mes parents à côté en face de la chambre de mes sœurs.
Une tante habite dans la dernière partie dans une chambre avec ses propres toilettes et douche !
A l’arrière de la maison, il y a un jardin de végétaux et plusieurs arbres mais seul un donne des fruits, un grenadier ! En face de la maison, il y a 7 arbres. Maintenant tous les arbres en face sont morts et pas de feuillage.
Ma tante a eu un arrêt cardiaque et après sa mort, nous tous entrons là pour regarder la TV, plus dans l’été avec la chaleur.

Ismaël Jude - 15 juin 2017
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