A.C. Hello | Paradis remis à neuf (extrait)

…la petite Betty, la petite culotte de la petite Betty et la petite Sonia industrielle, la petite Sonia qui dégueule, le petit vomi bien cadencé de la petite Sonia bien chaloupée, à qui vingt-quatre hommes font leurs adieux parce qu’il y a la petite Betty et la petite Chantal qui se colle de tout son bras, la langue rose de la petite Chantal sur laquelle ils se crispent lentement, la petite Chantal, la petite Chantal, le mouvement tournant de la petite Chantal qu’ils atteignent dans le dos, la petite Chantal les exaspère, cette position est impossible, la petite Betty, le petit oiseau mélancolique de la petite Betty qui rebondit sans cesse sur le dos et qu’ils veulent frapper, l’échantillon morose de la petite Betty qu’ils forcent sur le côté droit, elle est lourde la petite Betty, mais il y a Sonia, la petite Sonia et la petite Nicky et la petite Angèle et la petite névralgie de leurs sujets, la majuscule de leur famille qu’ils défoncent, leurs maisons vides, leurs petites lumières qu’ils reniflent, leurs animaux de compagnie qu’ils caressent, leurs nuits bonnes à rien, la petite Angèle bonne à rien, leurs petites décharges dans l’expression courtoise de la petite Angèle, leurs petites décharges dans le processus complet de l’amour idéalisant de la petite Angèle, la petite Angèle bonne à rien, la petite Clara, la petite Clara, la petite Clara atomique, la petite Sonia industrielle dont ils dilatent l’impasse, quand ils fourrent leur bonheur dans sa terreur, la gueule branchée de la petite Sonia qu’ils écrasent de leur trou noir, le procès sans fin dans les yeux de la petite Angèle qui respire de travers quand leurs tricheries bien dures giclent sur son slip, la petite Betty, la petite Sonia, la petite Nicky, la petite Chantal, la petite Angèle qui exige toujours trop avec sa cervelle d’oiseau si flatteuse pour leur ego, précipiter leurs corps souples dans une catastrophe, le trou de leurs révolutions de pauvres types, qui n’abritent plus que des cris de morts, pénétrer jusqu’aux nerfs de la femme peureuse et lumineuse, fouiller son enveloppe visqueuse, piller ses particules, détruire son cosmos de jonquille et la reconvertir en miroir mécanique, la petite Betty, la petite Sarah, la petite Sonia, la petite Angèle, indiscernables, chacune un rouage abstrait de l’immense machine dont ils cherchent le centre, la petite Betty, la petite Sarah, la petite Sonia, la petite Angèle, indiscernables, qu’ils cherchent à interrompre en faisant fermenter quelque chose de sale et de retors dans leurs délires sentimentaux, toutes les humiliations sont permises pour faire croupir la petite Betty, la petite Angèle, la petite Sarah, Betty Angèle Sarah Sonia Angèle Sarah Betty croupissent dans leur silence d’abattoirs, leur froid de rongeurs, leur carnage de tricheurs, la pourriture noble de leurs obsessions molles, il y a quelque chose à secouer dans la petite Betty, la petite Sarah, la petite Sonia, la petite Angèle, indiscernables, il y a quelque chose à secouer dans la petite Betty, la petite Sarah, la petite Sonia, la petite Angèle, indiscernables, la petite Betty qui boit trop quand elle les croise avec la petite Chantal, la petite Chantal qui les laisse faire en silence avec la petite Sonia, la petite Sonia aveugle et perméable, qu’ils rectifient entièrement jusqu’à ce qu’elle cesse de ressembler à la petite Sonia, la petite Chantal qui perd son visage quand ils font glisser son slip, la petite Adèle qui les colle, coule puis se casse et devient imperceptible, faire rebondir ces filles pieuses jusqu’à ce qu’elles ne soient plus personne, faire rebondir ces filles pieuses jusqu’à ce qu’elles ne soient plus personne et qu’elles n’aient plus rien à dire, faire rebondir ces filles pieuses jusqu’à ce qu’elles ne soient plus personne et qu’elles n’aient plus rien à dire et que leurs joues blanches deviennent des maladies noires, faire rebondir ces filles pieuses jusqu’à ce que leurs sensations soient des cadavres.

19 mars 2017