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Violaine Schwartz | Quand le vêtement déchire.

Quand le vêtement déchire les gens, quand les coutures craquent, quand un bout de chiffon provoque scandale ou tragédie...


Textes des élèves

1. LA ROBE SCANDALEUSE
De Esther Kimbaki. Sofia Monteiro.

Fille : Maman, ce soir il y a l’anniversaire de ma copine, est–ce que tu peux me passer de l’argent pour m’acheter une robe ?
MAMAN :Tu as déjà beaucoup de robes.
Fille : Oui, mais elles ne sont plus à la mode.
MAMAN : D’accord. Tiens, 30 euro. Mais achète quelque chose de bien.
Fille : Merci, a tout à l’heure.

Vers 16h, la fille revient.

Fille : Je suis revenue !
MAMAN : D’accord. J’espère que tu as pris quelque chose de bien.
Fille : Oui maman, ne t’inquiète pas.

18H, elle commence à se préparer.

Fille : Voilà, maman je suis prête, à tout à l’heure.
MAMAN : Euh, tu vas où comme ça ?
Fille : Bah, à l’anniversaire de ma copine !
MAMAN : Tu as vu comment tu es habillée ?
Fille : Oui, tu aimes bien ?
MAMAN : NON !! Tu ne vois pas que c’est vulgaire ?
Fille : Mais non, c’est juste un peu sexy.
MAMAN : Qu’est–ce que tu as dit ?
Fille : Mais elle est jolie la robe. Je peux y aller, stp.
MAMAN : NON, tu ne sors pas.
Fille : Mais pourquoi ?
MAMAN : Mélanie, va tout de suite te changer.
Fille : Pourquoi ?
MAMAN : Ce n’est même pas une robe, ce truc. C’est un maillot de bain une pièce.
Fille : Maman, tu exagères
MAMAN : Non, c’est trop court et en plus on voit ta poitrine !
Fille : C’est juste un petit décolleté, allez maman, stp.
MAMAN : Un petit décolleté ? Mais tu te fiches de moi ? C’est soit tu te changes, soit tu ne sors pas.
Fille : Mais maman j’ai que ça à me mettre. Je n’ai pas acheté la robe pour rien quand même !
MAMAN : Cherche dans ton placard. Tu as beaucoup de vêtements.
Fille : Non je ne me change pas, je n’ai pas mis 2h à me préparer pour au final tout enlever.
MAMAN : Quoi ! Va dans ta chambre, tu ne sors plus
Fille : Non !
MAMAN : Et en plus tu me désobéis. Donne–moi ton téléphone et tes clefs
Fille : Je te déteste !

La fille monte dans sa chambre. Elle ne sortira plus de la soirée.

2. LE JEAN TROUE
De Lou SUEL

Je m’apprêtais à aller au lycée, vêtue d’un t–shirt oversize et d’un jean troué, quand ma mère m’a interrompue dans ma lancée :

— Excuse-moi, tu vas où comme ça ?
— Bah je vais en cours, à ton avis ?
— Tu as vu ton pantalon ?
— Il a quoi, « mon pantalon ? »
— Tu te moques de moi, j’espère ?
— Non, je ne vois pas de quoi tu parles en fait !
— Mais il est déchiré de partout !
— Oui et alors ?
— Bah, donne-le moi que je le recouse !
— Mais maman, c’est fait exprès en fait…Bon, ce n’est pas le tout mais je vais être en retard là !
— Non, je ne te laisse pas sortir comme ça.
— Mais qu’est-ce que j’ai fait encore ?
— On dirait que tu t’es fait attaquée par un lion !
— Mais qu’est-ce que tu racontes ? Tout le monde porte ça, pourquoi je m’en priverais ?
— Ce n’est pas parce que tout le monde le fait que tu dois le faire, toi aussi !
— Je l’ai acheté, c’est pour le porter, pas pour le laisser au fond de mon armoire toute ma vie !
— Et tu as payé ça combien, exactement ?
— 150€ !
— Tu as dépensé une fortune pour un morceau de tissu tout déchiré ?
— Mais c’est un Levi’s, maman !
— Ce n’est pas une raison, bientôt, tu sortiras en sous-vêtements, et personne ne sera choqué, c’est ça ?
— Peut-être pas à ce point-là non plus, tu abuses un peu !
— Je ne te comprends plus, ma fille !
— C’est plutôt moi qui ne te comprends pas. Toi aussi, à mon âge, tu devais bien porter des vêtements qui ne rentraient pas dans les codes de la mode de ton époque !
— Oui, certes ! Mais j’étais quand même plus habillée que ça !
— Bon, maman, je vais vraiment finir par être en retard !
— À ce soir ma fille…

3. PARDON PÈRE
De Juliette DAVID.

Sofiane est en train de mettre sa robe. Son père rentre. Il est obligé de tout avouer :

SOFIANE : papa, écoute, je vais tout t’expliquer, ce que j’aime dans la vie, c’est la mode. À 7 ans, je voulais être un styliste renommé, être aimé pour ce que je suis, entendre des applaudissements pour reconnaître mon talent sur cette terre. Me dire que je suis libre comme maman !!!
Père : écoute fils, tu pars en couille, j’espère que c’est une blague, nom de dieu, styliste, ce n’est pas un métier, en plus c’est pour les femmes, nom d’un chien !! Et puis mets pas ta mère dans cette histoire, mais qu’est qui t’arrive, t’es malade ?
SOFIANE : arrête, tu comprends rien, là je suis juste moi. Je suis une femme emprisonnée dans un corps d’homme, mon âme s’éteint quand je me force à être ton fils idéal, je garde toujours en moi cette souffrance et elle commence vraiment à me ronger de l’intérieur mais toi, tu comprends jamais rien ! Tu m’as jamais défendu quand t’as appris que je me faisais frapper à l’école, quand j’étais petit. Tu t’es jamais occupé de moi, donc arrête de me donner des leçons, j’ai grandi tout seul dans la rue avec mon mal-être.
Père : non, non mais je rêve, t’es un homme, tu dois te comporter en homme. J’espère que tu me fais une blague, hein dis-moi que tu rigoles, s’il te plaît ? Sinon, j’appelle le prêtre tout de suite…t’es plus mon fils, Oh là là, mais j’y crois pas ! Tu veux la mort de ton père, c’est ça, hein ?
SOFIANE : Est-ce que tu es mon père ? Tu t’es jamais occupé de moi. Je suis comme ça et si t’es pas content, c’est ton problème. J’en ai marre de vivre dans les mensonges, de me dire toujours : fais plaisir à ta famille ! Quand ma sœur s’habille comme un garçon manqué, tu dis rien ! Je suis juste en robe et tu oses me reprocher quelque chose !! Tu es comme les autres, tu sais pas être tolérant, alors que je suis ton fils. Père, je t’en prie, ne me juge pas, accepte-moi comme je suis, je ne suis pas un monstre, je n’ai tué personne, j’aime juste être en femme, ça me représente. Accepte la différence et tu seras en paix avec toi même et avec le monde.

Le père sert les poings. Il défait sa ceinture et fouette son fils.

SOFIANE : Aïe ! Aïe ! Tu me fais mal, arrête, stp, pèreeeee, je t’en supplie, je suis comme les autres, je suis différent mais je suis un être vivant qui respecte la différence. Aïe mais arrête.
Père : tu sors immédiatement de la maison, tu n’es plus mon fils

Sofiane meurt dans le froid. Le père regrette son geste toute sa vie. Accepter la différence est une bonne voie pour la paix.

4. LE DÉFILÉ AUX FOURRURES VIVANTES !
De Jérémy Machtelinckx et Fabio Tavolieri.

WALTER : On va droit dans le mur avec cette nouvelle collection ! Tu crois toujours sincèrement que défiler avec des animaux sur scène, semblables à la fourrure que portent les mannequins est une bonne idée ? Tu sais que si l’on ne stoppe pas cette comédie rapidement, cela pourrait même nous conduire au tribunal ! L’argent n’est pas un souci mais tu as conscience de la réputation que cela va donner à la marque ?
Aaron : J’irai jusqu’au bout. C’était ton idée et je n’ai pas douté de cela une seconde, ce n’est pas comme si c’était la première fois qu’un défilé marquait la presse, on sera différent jusqu’au bout. Malgré les critiques de nos détracteurs, les tribunaux n’ont rien à faire dans ce genre d’histoire.
WALTER : C’est grâce à cette presse que l’on continue à faire vivre la marque !
Aaron : La presse n’est rien pour la marque. Si l’on est devenu aussi emblématique, c’est grâce à cette audace qui aujourd’hui encore va payer. Mais on dirait que tu as l’air de commencer à en douter. C’est ce doute qui nous perdra.
WALTER : C’ÉTAIT PEUT ETRE MON IDÉE MAIS LES LOUPS N’ONT RIEN À FAIRE SUR UNE SCÈNE DE DÉFILÉ ! Le seul fait d’utiliser de la fourrure de loup pour nos vêtements est déjà une source de problèmes alors défiler avec, alors qu’ils sont vivants, c’est de l’inconscience ! C’est mon idée, c’est vrai, mais je le regrette…
Aaron : Tu n’es qu’un lâche, j’aurais dû m’associer à Michel, lui, il m’aurait suivi jusqu’au bout ! Ce n’est pas une petite histoire de fourrure qui te fait peur quand même ? De toute façon, l’envers du décor est bien pire et tu le sais bien, on est condamnable pour bien pire qu’un petit défilé avec quelques fourrures.
WALTER : Tu assumeras les conséquences seul, je ne te suivrais pas dans ta folie.

5. L’INTERVIEW
De Laura Lada.

Laurent Delahousse : Bonsoir à tous, nous sommes le Jeudi 22 Décembre. Ce soir, nous apprenons le décès d’une icône de la mode. Franca Sozzani, rédactrice en chef du magazine Vogue Italien, s’est éteinte en cette fin d’après—midi suite à un infarctus à l’âge de 66 ans. En 2012, elle reçoit la légion d’honneur des mains de Nicolas Sarkozy, et plus récemment le swarovski Awards positive change aux British fashion awards 2016. Nous avions la chance de la rencontrer il y a quinze jours, à Milan, regardez ces images.
Elle est assise sur ce fauteuil en cuir noir, les jambes croisées, une cigarette allumée à la main.
Franca Sozzonni : Bonjour Monsieur Delahousse.
Elle esquisse un sourire
Laurent Delahousse : Bonjour Franca, toujours pleine d’élégance et de charme.
Franca Sozzanni : Autant finir sa vie comme elle a commencé.

Elle tire sur sa cigarette et recrache une fumée blanche pleine de poésie.

Laurent Delahousse : Alors, nous avons vu le document précédent ensemble, j’ai vu votre visage se durcir à certains moment, donc selon vous le vêtement fait scandale ? Qu’en pensez—vous ?
Franca Sozzani, fumant  : Vous savez, je vais vous dire ce que je pense moi, Laurent, je vais vous le dire....Fumant encore. Quand je mets une fourrure, on me dit que je suis beauf, riche, prétentieuse de Paris. Quand je mets une doudoune, on me dit que j’suis à la limite de la fille sans tunes. Quand je mets une jupe courte, on m’crie dans la rue que je suis aguicheuse. Quand j’mets une jupe longue, on me demande si j’suis religieuse. Quand je m’habille en noir, on me dit que j’suis dépressive. Quand je mets de la couleur, on me dit que j’suis complètement tarée. Quand je mets un pantalon large, on me traite de grosse. Quand je mets un slim, on me dit que j’ai des jambes de coq. Quand c’est transparent, on m’dit que j’fais pétasse.. C’est toujours trop ou pas assez court, c’est toujours trop ou pas assez décolleté, c’est jamais les bonnes tailles ou les bonnes couleurs. Alors moi je vais vous dire, Monsieur Delahousse, j’vais vous le dire, le scandale, c’est pas le vêtement, le scandale, c’est plutôt celui qui le porte...

6. L’ HOMME
De Laura Lada.

La Femme : Ce soir, je suis triste de savoir que tu m’as quittée, moi et notre fils.
Le narrateur : elle pleure.
La Femme : C’était compliqué ces dernières années… Je t’ai vu changer, devenir mon ami. Pour nos 30 ans de mariage, tu as préféré parler maquillage que faire l’amour avec moi et j’étais anéantie. J’ai vu ton corps changer, ton dressing changer, tes envies aussi… Beaucoup ne t’ont plus accepté, je me suis même demandé s’il n’était pas préférable de te quitter… Mais je t’aime encore. Quand je te vois allongé dans ton lit de mort, portant des talons avec lesquels moi je ne peux plus marcher, avec tant d’élégance et ce sourire qui prouve à quel point tu t’y sens bien, j’ai à mes yeux gagné la plus belle bataille. Je te remercie pour ton amour, ton honnêteté, ton envie de vivre en tant que tel, ce que tu as toujours voulu être. J’offre ces paroles à l’homme qui a partagé ma vie pendant 25 ans, qui m’a fait découvrir une autre personne pendant 10 ans et qui a vécu femme pendant 6 ans. A ma meilleure amie, à la femme de ma vie, à l’homme de ma vie.
Le narrateur : Elle part l’embrasser, essuie la trace de rouge à lèvre, remet le décolleté de la chemise de son mari et se remet devant l’estrade, tout le monde la regarde, le silence est glacial, une personne se lève et les autres suivent, l’un éteint la lumière, l’autre ferme la porte. La pièce est noire, noire, noire.

7. Je voulais juste que tu changes.
De Précilia MBIYA KATUMBA

— t’en as pas marre de porter tout le temps les mêmes vêtements ?
— de quoi ?
— ben, je sais pas, j’ai l’impression de toujours te voir pareil !
— ah ! Non, non je n’ai pas pour tendance de répéter les mêmes vêtements, qu’est—ce—que que tu racontes ?
— j’ai l’impression de toujours te voir de la même manière...
— ah ! Ben merci, tiens, ça prouve que tu me regardes attentivement, toi ?
— non, mais bon, ça fait maintenant deux ans qu’on est ensemble...et...
— oui...et ?
— et c’est vrai que tu changes pas tellement...tiens prends exemple sur les filles qui passent à la télé, elles prennent soin d’elles, elles sont coquettes, bien maquillées et coiffées...tandis que toi...euh...
— mais...mais enfin, qu’est—ce—que que tu veux dire en fait ? J’ai du mal à te cerner. Au début, tu me dis que je ne change jamais de vêtement, puis ensuite tu me dis qu’apparemment je ne prends pas assez soin de moi, je pense que je ne suis pas si laide que ça...
— c’est pas ce que j’ai dit...
— qu’as—tu dit alors...? ( silence ) À ce que je sache, j’ai pas à me maquiller comme une voiture volée pour être remarquée dans la rue sous prétexte que je suis déjà engagée avec quelqu’un qui passe sa vie à me critiquer.
— je ne te critique pas
— ah ! Bon ? Ben, je ne sais pas comment ça s’appelle ce que tu fais depuis tout à l’heure ?
— un conseil
— ah ! Bon ?
— oui.
— ah ! Bon ?
— ben...oui
— d’un ton élevé : OK, je pense que ça suffit pour aujourd’hui, moi je vais travailler, et je te souhaite une EXCELLENTE JOURNÉE !
— pffffffffff... toute façon, c’est toujours la même chose avec toi, ça n’a jamais changé, tu sais que t’énerver et hausser le ton, tu ne prends jamais en compte mes remarques...
— mais c’est pas ça le problème, ça n’a rien à voir, non mais, t’as vu comment tu me parles ? Le ton déjà des mots que tu emploies et la manière dont tu formules tes phrases ?
— on va pas pousser la discussion plus loin parce que je pense que ça n’aboutira pas
— OK...ben bonne journée à toi alors ! Toi, même si tu commences une discussion, tu ne la termines pas, enfin je sais pas, faudrait savoir...

La jeune femme prend son sac et s’en va, laissant seul son conjoint...

— pffffffffffffffff...elle ne changera jamais !

8. LE PARC
De Estelle Perot, Johanna Dourlens et Laura Alliaume.

Trois jeunes hommes sur un banc.
Ukmur : Eh Mouloud, tema la meuf, elle est trop bonne, en plus on voit presque ses fesses !
Mouloud : Waaaaah, elle est tarpin bonne, frère !
Jean-Charles : Je suis outré de ce que vous dites, je ne regarde pas ça moi.
Mouloud : Oh putain les nichons qu’elle a !
Jean-Charles : Le jour où ma copine s’habille comme ça…
Mouloud : Beh on se la tape !
Ukmur et Mouloud rigolent et se tchèquent.
Ukmur, regardant Jean-Charles : oh merde, il n’a pas rigolé.
Jean-Charles : bref !
Mouloud : ça n’empêche pas que j’aimerais bien me la faire.
Ukmur : De ouf, même moi frère
Jean-Charles : Et si plus tard votre fille s’habille comme ça ?
Mouloud : Pfff, le jour où ma fille s’habille comme ça…
Jean-Charles : Beh j’me la tape !
Il rigole tout seul. Mouloud et Ukmur le regardent de travers
Jean-Charles : Enfin bref…
Ukmur : En tout cas, si ma fille s’habille comme ça, je la frappe, la vie !
Jean-Charles : Donc pour vous, elles ne se respectent pas, ces filles ?
Ukmur et Mouloud : Bah non elles ne se respectent pas du tout même !
Jean-Charles : Beh avant de dire des trucs du genre « je me la tape » et tout le reste, imaginez que ce soit votre petite sœur et que des mecs comme vous disent tout ça !
Ukmur : J’avoue
Mouloud : J’avoue mais je n’ai pas de sœur alors je m’en fous.
Ukmur et Jean-Charles le regardent de travers.

Violaine Schwartz - 11 avril 2017
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