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DEAMBULER — le territoire comme zone d’arpentage et de création.


DEAMBULER — le territoire comme zone d’arpentage et de création.

Quelques auteurs en résidence d’écriture et d’espace en 2017


« Une fois dehors, je marchai sans but, avançant comme on s’absorbe dans un livre, la pensée se substituant graduellement au texte lu ou, dans mon cas, au trottoir parcouru, et ce jusqu’à ce que le mouvement soit complètement intériorisé et qu’on ait la sensation de voir ses propres pensées imprimées sur la page ou, dans mon cas encore, de marcher à l’intérieur de soi, l’impulsion de chaque pas se communiquant mécaniquement au cerveau pour y susciter rêveries et idées, jusqu’à l’épuisement. » (Philipe Vasset, La conjuration, page 137, édition Fayard, 2013).

Écrire la ville comme on la marche, la parcourir en mots, socle du travail d’écriture de Philippe Vasset, est une pratique littéraire ancienne, revivifiée sans cesse, de Georges Perec à Jacques Roubaud, selon un principe de vases communicants : la ville toujours changeante (plus vite, hélas, que le cœur des mortels) pose question à la création littéraire, en même temps qu’elle lui offre un matériau infiniment renouvelable et renouvelé.
Le principe de résidence, le déplacement qu’il induit, implique d’ailleurs, même a minima, une part d’exploration spatiale (des plus concrètes et prosaïques, infra-ordinaire : comment vivre cet endroit temporaire, quelles en seront mes traversées ? est une des premières à venir se poser à tout résident d’un lieu qui lui était, jusque-là, étranger.)


Pour plusieurs des auteurs prenant leurs quartiers , ces premiers mois de 2017, dans des zones d’ Île-de-France, la question du lieu, de son exploration, fait socle au projet de création et d’échange qui est le leur. C’est le cas, évidemment, de Philippe Vasset, à qui nous avons emprunté cet exergue, et qui, en résidence chez le collectif MU (Paris XVIII), inventera des audioguides racontant à sa façon ces quartiers Nord de Paris. Il explorera également la question du palimpseste urbain, de ces couches d’inscription hétérogènes qui, ajoutées, constituent un texte parcellaire inédit.


Ismaël Jude arpentera, à partir du printemps, une zone quasiment symétrique, porte sud de Paris, celle de la petite ceinture parisienne entre le parc Montsouris et la gare Masséna. Ses déambulations ont vocation à être collectives, puisque organisées avec La Mie de Pain (Paris XIII), accueil de jour de personnes sans domicile fixe (auxquelles il proposera aussi un « atelier d’écriture volant », à la Mie de Pain). Rien n’étant écrit à l’avance dans un projet collectif, tout dépendra de ce qui arrivera en chemin — mais sachez qu’il y sera sans doute question de Beckett, et de la question, vaste et problématique, de l’hospitalité.


Passons maintenant le périphérique, à la découverte du Grand Paris. Le site des Mystères du Grand Paris (feuilleton qui dévoile Paris et sa banlieue), belle expérience multimédia de questionnement d’un territoire en mouvement, fonctionne par saisons : en 2017 c’est Frédéric Ciriez le feuilletoniste : découvrez son travail ici.
Arno Bertina lui fera suite dès l’automne ; à cette suite il travaille collectivement, avec les étudiants du master de création littéraire de l’Université de Cergy-Pontoise (95). Arno Bertina réalisera avec les étudiants un feuilleton qui explorera les transformations du Val-d’Oise, dans cette perspective du Grand Paris. Les quinze épisodes de ce feuilleton constitueront la deuxième saison des Mystères.
En attendant ce dévoilement, l’espace offert par remue est idéal pour témoigner du work in progress… A l’écriture collective expérimentée dans le cadre du feuilleton, répondent dès aujourd’hui dans sa rubrique sur remue les textes des étudiants, plus personnels, écrits dans les marges de ce chantier collectif. En leur ouvrant ces espaces, il désire leur permettre de coller des paperolles aux différents épisodes. Vers, chanson, scénarisation, chutes... Textes critiques, notes de lecture, journal de travail...
« Tout est à prendre, tout est possible si tant est que cela permette au lecteur de dessiner la partie immergée de l’iceberg en ligne sur Les Mystères du Grand Paris. »

Aux portes de Paris, Fabien Arca explore, pour sa part, Vitry-sur-Seine. En résidence à Gare au Théâtre (Vitry-sur-Seine, 94) il s’affaire à réaliser une "Cartographie de l’intime" : cette résidence sera l’occasion pour lui d’interroger les Vitriots sur leur perception de la ville, de leurs quartiers et de l’histoire de ce territoire.

Et, d’ores et déjà, son journal de résidence en témoigne— ainsi, ce premier billet, mystérieusement nommé C215, le contextualise : « Venant d’une petite commune rurale du 77, je veux organiser une balade urbaine dans Vitry afin que les jeunes découvrent le territoire (comme des touristes), et cela dans le but de les faire écrire… » Et ce que nous enseigne ce billet, c’est d’abord à quel point l’auteur, mué en enquêteur des lieux, apprend aussi de ce qu’il traverse :

« En bagnole, on parcoure les rues de Vitry.
Je découvre…
En fait.
Je découvre plein de trucs.
Oui.
Je découvre que j’étais passé à côté de pleins de trucs.
Tout d’abord toutes ces œuvres dans les rues de Vitry-sur-Seine.
C’est hallucinant.
Il y en a plein.
Partout.
Des trucs immenses.
Des trucs tout petits.
Cachés. »


Des trucs cachés ? Ce sont, d’abord, ces peintures urbaines : Vitry lui apparaît soudain comme une galerie à ciel ouvert de cet art qu’on nomme street… dont le sigle C215 qui titre le billet est tout simplement le nom d’un praticien de haut vol : C215 ouvre magnifiquement la perspective que l’intuition de l’artiste l’amène à creuser.

Écrire les lieux requiert de les parcourir et ce faisant le permet — et les lieux ainsi écrits sont de nouveaux espaces…

On pourra par ailleurs se référer, pour prendre un peu de distance et nourrir d’un peu de théorie cette pratique de la flânerie, aux travaux d’une autre résidence en démarrage, celle de l’auteure Frédérique Aït-Touati à la librairie Petite Égypte (Paris II), qui conviera dans cette librairie de nombreux auteurs : et pour commencer, y a invité, fin janvier, « Yann Rocher et Andrew Todd, deux spécialistes de l’espace, à évoquer le pouvoir particulier de certains lieux à concentrer le monde et le savoir – les bibliothèques, les observatoires, les théâtres, les laboratoires, les cabinets de curiosité. »

A visionner : Un résumé en vidéo de cette rencontre…

9 mars 2017
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