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Théodore Monod / Ambroise Monod en quête






















Depuis un certain temps, je suis en quête de Théodore Monod.
Doucement, presque timidement, je marche sur ses pas.
Comme une nécessité surgie de je ne sais où.
Je sais qu’il me faut partir à sa recherche.
Il est mort.
Il se tient près de moi par ses écrits, son visage, les cartes de ses voyages.
J’aime être en quête de quelqu’un, un autrui.
Un quidam dans une ville.
Quelqu’un de ma famille.
Aujourd’hui Théodore.
Marcher avec cette personne.
Aller à sa rencontre.
Théodore Monod
« C’est un être singulier et pluriel …zoologiste malacologiste (coquillages) carcinologiste (les crabes) arachnologue ontomologiste ichtiologiste batracologue herpétologue (les reptiles) bamalogiste ornithologiste botaniste minéralogiste géologue géographe océanographe climatologue archéologue préhistorien paléontologue spécialiste des pêches et spécialiste des déserts historien des sciences ethnologue linguiste étymologiste historien ; le dernier naturaliste découvrir le monde l’inventorier le décrire se l’approprier inventaire scientifique du monde. Le muséum c’était sa maison il y était entré à l’âge de 5 ans il a dit qu’il ne l’avait jamais quitté. Le seul de son espèce à brasser autant de domaines des sciences de la nature ; il participe à la toute fin de l’exploration au 20e siècle il s’est attaché à combler les derniers blancs sur la carte ;
le fou du désert sans limite dans sa curiosité et au niveau des parcours sahariens ;
il aimait être loin des hommes, de la violence, de l’absence de beauté…
et le dépouillement, le fait qu’on peut vivre avec rien, être avec lui-même. »

Je découvre, en quête de Théodore, Ambroise, le plus jeune de ses trois enfants, né en 1938.
Sur le net Ophélie des métallos trouve son numéro de téléphone et des traces de son œuvre : récup art. Il nous donne rendez-vous un dimanche matin à l’oratoire du Louvre.
Ambroise dit :
«  à la mort de ma mère, mon père s’est aperçu que nous étions comestibles…
il était égocentré sur son appétit de chercher et sa passion pour les sciences naturelles et la compréhension du monde qui nous entoure…ça isole »

A la fin de la vie de Théodore, Ambroise et lui se rapprochent l’un de l’autre.
Le dimanche, Ambroise accompagne Théodore au temple protestant.
Au temple ils s’asseyent dans un renfoncement à droite du chœur.
La grotte des chauve-souris, dit Théodore.
Parce que là, il y a un système d’amplification pour les malentendants.
Quand Théodore est mort, Ambroise dépose dans un coin de la grotte une chauve-souris surgie de ses mains. Discrète, elle veille Théodore invisible.
Et puis, nous parlons dans un café.
Ambroise nous parle de sa quête,
« Théodore, c’est un chercheur, lui il pensait que tout le monde était chercheur.
A l’institut français d’Afrique noire, il demandait à tous les élèves : cherchez cherchez, quand vous trouvez un petit bout de bois un insecte, ramassez-les envoyez nous une petite mesure.
Le récupart pour moi c’est pareil : enquête / chercheur…Le récup art c’est la continuité du glanage
personne ne l’a inventé, le glanage, c’est néolithique c’est un appétit de l’homme à être identifié comme un chercheur
pour inventer il faut de la matière et la matière est autour de nous
c’est de l’amas que naît la forme
j’ai un atelier en Bourgogne qui est un véritable amoncellement je ne peux presque plus rentrer
c’est une maladie de laquelle je m’inspire…un magma / tenter de faire s’envoler un oiseau du magma
trouver quelque chose qui nous élève
une façon de colorer le gris des horizons…
l’art est un anti-destin……c’est contre la mort, contre ce qui est perdu, définitivement obsolète
les matières répudiées te parlent de création »

Ambroise dit que Théodore disait que chacun de nous est un chercheur…
Je ne sais pas ce que je cherche.
Si ce n’est marcher sur les pas d’un autrui, attraper sa parole dans le filet de mes doigts qui tapent à la machine, me coller un moment à sa vie, y puiser un intérêt nouveau pour le monde,
Théodore et Ambroise sont porteurs d’une quête.
Et moi, en quête de Théodore-en-quête-de-désert, je rencontre Ambroise, en quête de matériaux de récupération. Moi parfois je ramasse des gants solitaires dans la rue, je les aime solitaires, je ne suis pas en quête de leur moitié…j’aime imaginer qui a perdu ce gant. Et observer le gant pour coller au plus près de celui ou celle qui l’a perdu.
Mais surtout j’aime la vie des autres.
Et je continue ma quête de Théodore. Je me dépossède un peu de moi, je laisse quelque chose de moi sur le rivage pour m’emplir de la quête de Théodore en quête de désert. Je deviens Théodore en quête de désert, Théodore en quête de Théodore.
Un homme dans le train à côté de moi a le même visage que Théodore, je vais partir en quête de cet homme. Tout est chemin dans ma quête de Théodore. Théodore m’ouvre des tas de chemins possibles. Je suis Théodore qui me demande qui je suis ? je suis un peu Théodore un peu Ambroise un peu l’homme qui ressemble à Théodore un peu l’homme qui a fait la dernière expédition avec Théodore et cette fois-ci, en quête de Théodore Monod dont les actes et les pensées formaient un seul souffle, dans une cohérence inaltérable, inébranlable… Être qui je suis. Suivre qui je suis…qui je suis ..?
Oups…

expo d’Ambroise Monod "Le Récup’Art"
Du 16 octobre au 8 novembre 2015
83, bd ARAGO 75014 Paris, entrée libre

Laurence Vielle - 24 septembre 2015
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