Ilias Driss : Bribes de mémoire/1

Ilias Driss est écrivain. Il a publié des nouvelles et des textes pour le théâtre, dont « La haine du théâtre » en juin 2005 dans la revue Théâtres en Bretagne (Éditions universitaires de Rennes).
Les « Bribes de mémoire » que vous allez lire ont été recueillies par Ilias Driss au cours d’un atelier d’écriture qu’il a mené au Centre interculturel de documentation de Nantes, ville où il vit.
Il présente ces paroles d’émigrés avec beaucoup de justesse et d’émotion.
Écoutez-les, écoutez-le. DD.


Ils sont proches, ils sont lointains.
Ils sont invisibles et très présents à la fois.
Ils viennent de si près, juste de l’autre côté de la frontière. De la rue d’à côté parfois.
Ils viennent aussi d’une mémoire très lointaine dans le temps, très profonde et qui, pour qu’elle demeure, doit être dite, répétée dans la parole, reprise par l’image et par l’écrit.

De l’émotion au rire, des larmes parfois au questionnement sur l’avenir, les générations de demain. Du silence à l’acte de laisser une trace, ces paroles nous touchent, exigent de nous une grande prudence, dans notre rapport à l’histoire individuelle de chacun. Mais aussi dans notre rapport à l’autre Histoire, la grande, qui nous concerne tous.

Mémoire en fragments.
De l’un à l’autre, le lien se tisse dans notre imaginaire, dans notre expérience, celle de notre corps, dans l’errance peut-être et sans doute de l’éloignement de soi.
Dans la recherche de soi, enfin de compte, espérons-le.
Ces bribes de mémoire.
Ilias Driss.


Je lisais Les Misérables en français le jour et en arabe le soir

Moustapha
52 ans
D’origine marocaine
A exercé de multiples emplois
Travaille aussi au sein de plusieurs associations
Actuellement vice-président du Centre socio-culturel du Sillon de Bretagne
Vit au Sillon de Bretagne.

J’avais dix-neuf ans quand je suis arrivé en France, en 1971. J’ai rejoint mes parents qui étaient installés là depuis plusieurs années déjà. J’avais un contrat de travail. Comme mon père, j’ai travaillé dans le bâtiment.

Je n’avais pas d’idée préconçue sur la France, ni de préjugés et je n’ai pas eu de choc comme d’autres.

J’étais bilingue. Je connaissais aussi un peu d’anglais. J’ai suivi des études dans un lycée public à Casablanca. Mon père avait des relations avec des Français, alors forcément, je fréquentais leurs enfants inscrits dans le lycée français. Je me souviens que je lisais Les Misérables dans le texte le jour et en arabe le soir.

Suivre des études littéraires me permettait de faire beaucoup de sport. Avoir un diplôme littéraire, à l’époque, ouvrait la porte à enseigner le sport au collège. Aussi quand il s’est agi de fonder la première école de formation de professeurs d’éducation physique, j’ai été naturellement choisi. J’étais bon élève, mais dissipé et je n’ai pas pu aller jusqu’au bout.

La surprise, une fois en France, venait du fait que l’on ne parlait pas le même français que je connaissais. J’avais accès au français des livres et de l’école et non à celui de la rue. Je ne comprenais pas les mots utilisés couramment dans vie quotidienne. C’était comme une langue étrangère pour moi.

Pendant les trois premières années. J’ai beaucoup voyagé en Europe. Je ne suis pas retourné au Maroc tout de suite. J’avais envie de connaître d’autres pays, m’ouvrir à d’autres cultures.

Là où je travaillais, je servais de traducteur, d’intermédiaire entre les chefs et les ouvriers maghrébins souvent analphabètes.

En vérité, je n’ai pas foutu grand-chose comme maçon. Je n’étais pas qualifié pour ce genre de travail. Mon chef a tout de suite remarqué cela, lors de la rénovation du musée Dobrée à Nantes. Un jour, il m’a demandé si j’étais vraiment maçon et j’ai dit non. Alors il m’a pris comme son aide, dans son bureau. J’étais traducteur, je faisais le pointage qui consistait à marquer le travail des autres, autrement pas grand-chose. Mon chef s’absentait, je le remplaçais et je faisais des courses, c’est-à-dire acheter du vin rouge pour ceux qui travaillaient réellement ! J’ai continué à jouer le rôle de traducteur, d’intermédiaire, au travail, mais aussi dans le quartier. J’étais devenu représentant des Marocains à Saint-Herblain. Et au Gasprom, je m’occupais des nouveaux arrivés, de leur hébergement, des démarches pour accompagner les malades à l’hôpital. J’étais écrivain public aussi, c’est-à-dire un lien entre les immigrés et leurs familles. C’est ainsi que j’ai rencontré ma femme au cours de ces activités parallèles. Au bout de trois ans de séjour, je me suis donc marié.

Le mariage entre Marocains et Algériens était mal vu, mal accepté à l’époque, à cause des conflits entre les deux pays. J’ai eu beaucoup de problèmes pour obtenir un visa, j’ai eu des problèmes à la douane, même en ayant obtenu plus tard, ma femme et moi, la nationalité française. J’ai fini par avoir l’cte de mariage au Maroc, selon la loi marocaine. Mais cela n’a pas vraiment changé les choses. Je connaissais bien les gens du Consulat du Maroc. Ils étaient bien accueillis. Ma maison était pour ainsi dire la leur. Naïvement, je pensais qu’ils allaient m’aider, mais ce n’était pas le cas. Je me suis trouvé seul face à l’administration.

Quelque temps auparavant, j’avais postulé pour un autre travail. Agent de sécurité de l’immeuble. J’ai été rejeté, à cause de mon jeune âge. J’ai protesté. Je connaissais pas mal de monde autour de moi. On m’a soutenu. Je n’ai pas du tout joué sur la question raciale. J’ai cependant dit que ne pas embaucher quelqu’un à cause de sa jeunesse était un acte discriminatoire. Et ça a marché.

Par ailleurs, j’ai continué des cours du soir, en littérature, mais faute de temps, je n’ai pas pu terminer ces études.

Un jour, en rentrant, j’ai remarqué un endroit vide entre deux immeubles, une sorte de passage. C’était un endroit à exploiter puisqu’il ne servait à rien. J’en ai parlé au propriétaire. Ensuite, j’ai construit les murs. J’en ai fait une cave personnelle et par la suite, cette cave est devenue la mosquée de Saint-Herblain. Mais peu de gens le savent.

Je touchais à tout et je continue. J’aime l’idée de la polyvalence, de la diversité. Du club de sport à celui de la défense des locataires. De la plomberie, au travail au sein du centre socio-culturel, de la construction mécanique à l’apprentissage de l’anglais.

À présent, j’ai envie d’apprendre l’espagnol. J’ai acheté un petit livre, une sorte de méthode d’apprentissage rapide. J’ai envie d’étudier la criminologie, la politique de la ville. Et le soir, je continuerai à jouer du théâtre dans un club amateur du quartier !


Le désir de repartir est permanent

F.
43 ans
D’origine algérienne
Femme de ménage
Vit à la Bottière

La France n’a jamais été mon désir. On m’a obligée à venir parce qu’on m’a obligée à me marier. J’y suis depuis plus de vingt ans, depuis le troisième jour de mon mariage et l’idée de repartir est permanente.

J’avais vingt-trois ans. Il en avait quarante-deux. C’est un schéma classique, celui de l’enfermement. Je ne voyais personne, ne connaissais personne. J’étais seule. Il travaillait durant la journée. Je restais à la maison.

Je suis dans le même quartier depuis mon arrivée en France. Beaucoup de choses ont changé, sauf le désir du retour, qui demeure intact.

Mais la France, c’est aussi mes enfants. Ils sont français. Ils sont algériens, mais français. Quand nous partons en vacances, l’été, là-bas, ils aiment voyager, découvrir, apprendre l’histoire de leur pays, le pays de leurs parents. Ils prennent des photos des monuments, des vieux ponts, des mosquées, des rues. Ils regardent les vieilles photographies de mes parents que je garde toujours sur moi, celles des grands-parents aussi. Ils ont des cartes postales. Ils s’intéressent à tout.

Ici, ils sortent peu, mais ils sont français, c’est bien et c’est normal, mais c’est normal aussi que je reste définitivement algérienne.

Je parlais français avant le mariage. J’ai quitté l’école assez tôt, mais j’ai appris le français. Mes parents et mes grands-parents parlaient français également. C’est l’histoire de l’Algérie. Les Algériens étaient considérés comme français à l’époque. J’ai gardé les cartes d’identité que je montre parfois à mes enfants.

Les enfants n’écrivent et ne lisent pas l’arabe. Je le regrette. Mais ici, à la Bottière, à l’école, on ne leur apprend pas. Une heure par semaine. C’est très peu et c’est mal fait. D’une semaine à l’autre ils ont le temps d’oublier et pourtant le désir est là. Mon fils, le plus grand, ramène des livres de la bibliothèque sur le monde arabe. Ils ont une soif de savoir et de connaissance de la culture de leurs parents. Je leur en parle souvent, comme je peux, selon mes moyens.

Ne pas avoir accès directement à la langue est le problème de tous les enfants issus de l’immigration.

Ils lisent le Coran, mais en alphabet latin. Les garçons sont plus attirés par les livres que les filles. C’est leur choix. Je ne leur impose rien.

Avec les enfants la vie a tout de même changé. Je ne pouvais pas rester enfermée du matin au soir. Il fallait bien les amener à l’école, donc sortir, rencontrer des gens, parler un peu. Ici, à la Bottière, avec le temps, j’ai eu des amitiés très fortes. Mes meilleures copines sont tunisiennes. On parle de tout, on se confie alors forcément, cela fait du bien.

Les communautés ne sont pas très fermées sur elles-mêmes. On va vers les autres. On va vers ceux qui nous écoutent.

Je me sens moins enfermée à présent parce que je travaille. Des heures de ménage. Mon mari est à la retraite.

Les premières années étaient les plus dures. Lors de nos premières vacances, je ne voulais pas revenir en France. J’ai proposé à mon mari de me laisser en Algérie. Il n’a pas accepté. Je savais que c’était impossible. Je savais aussi que j’allais souffrir. J’ai souffert, c’était comme ça.

Maintenant les jeunes filles peuvent choisir leur conjoint.

Il faut que je parle de la première fois où je suis retournée au pays. De la toute première fois. Après deux ans d’absence ou d’exil. J’attendais ce moment avec impatience. Une fois là-bas, j’ai chanté Rohak Rajaatlak, c’est-à-dire " ton âme est revenue" ou "on t’a rendu ton âme". J’étais heureuse, mais pas pour longtemps. Je devais repartir.

Je sais maintenant qu’il n’y aura pas de départ. Il faut vivre avec.

Mon rêve, c’est que la violence cesse en Algérie. Nous n’avons rien vu venir. Nous ne comprenons toujours pas. J’essaye d’expliquer aux enfants, mais nous, adultes, nous n’avons pas toujours de réponse. Ils regardent cela à la télévision, c’est toute une page de notre histoire qui nous meurtrit. Nous sommes ici, le monde change et nous espérons encore.


On vient en France à pied et on repart congelé !

M. 
46 ans
D’origine tunisienne
Successivement sage-femme, femme de ménage puis encore sage-femme
Vit à la Bottière

Je ne corresponds peut-être pas à l’image de la femme immigrée. L’image que l’on se fait d’elle, je ne sais pas. Il y a plusieurs formes d’immigration, chacune est différente. La mienne aussi.

J’ai voyagé en Europe avant de m’installer en France. J’étais en Italie, en Autriche et surtout en Allemagne où j’ai passé une année entière. Je connaissais donc le mode de vie, la culture et puis surtout, en Tunisie, j’étais sage-femme. Je me suis mariée et trois ans après, j’étais en France. Ce n’était pas un mariage forcé. J’ai pris une année sabbatique, pensant que le retour n’allait pas tarder et me voilà, vingt ans après, en train de penser à ces vieux souvenirs.

La vie quotidienne n’était pas très dure. Je ne travaillais pas. Un salaire suffisait largement à l’époque. Mais, avec le temps, le chômage, les enfants, j’ai été obligée de travailler. C’était une nécessité économique.

Mon diplôme n’est pas reconnu par le rectorat, j’interviens plutôt auprès des associations. On peut m’appeler à n’importe quelle heure de la nuit ou de la journée. C’est très éprouvant parfois. Alors à un certain moment, j’ai craqué. J’ai tout arrêté. Ce n’était pas toujours très agréable, toutes ces odeurs, ce sang... c’est un métier très humain, mais il exige de la patience, des nerfs...

Je me suis retrouvée à faire du ménage. C’est un parcours atypique. Ce n’est pas le même métier... Puis, j’ai recommencé mon vrai travail, avec l’espoir de suivre une formation qui me permettrait d’être titularisée...

J’aime lire, j’ai toujours aimé la lecture pour perfectionner mon français, mais surtout parce que c’est une passion. Pendant plusieurs années, j’étais abonnée à France-Loisirs. Je lisais tout et je continue encore. Quelquefois je me retrouve à lire des livres pour enfants et à en faire les résumés pour l’école ! Les enfants sont plus attachés à l’image. Je leur dis qu’il faut lire pour mieux parler, pour mieux écrire. Ils sont de la génération de la télévision...

La parabole a changé la vie des quartiers. Et au-delà, la vie des immigrés.

Avant, notre contact avec nos pays était la radio. Chaque jour, chaque semaine, quelqu’un nous annonçait qu’il avait trouvé une radio qui captait la station tunisienne. On s’en félicitait, mais jamais je n’aurais cru que j’allais voir des gens parler arabe, à la télévision, ici, à la Bottière.

Je me souviens toujours avec drôlerie du jour où nous avons installé l’antenne. C’était incroyable. Je pleurais de joie et d’émotion. Toutes ces femmes et ces hommes, tous ces enfants dans la rue, chez moi, de l’autre côté de la mer. Au début, c’était l’Égypte et puis ensuite d’autres pays arabes. C’était d’autant plus émouvant que c’était la veille du Ramadan.

La parabole, c’est un attachement. Ca nous a fait du bien. On était plus proche de ce qui se passait là-bas, on était avide de savoir, d’être informés et même d’échanger.

En revanche l’échange avec nos proches reste toujours le téléphone. C’est rapide, facile, à portée de main et naturellement plus cher.

On écrit de moins en moins. Les enfants ne connaissent pas vraiment cette aventure. Je leur faisais souvent la lecture quand ils étaient tout petits. Malheureusement, ils choisissent d’autres modes d’expression. Mon fils vient de s’abonner à France-Loisirs pour me faire plaisir, car les livres, c’est moi qui les lis.

Il y a autre chose aussi, le niveau culturel régresse. Avant on parlait de double culture. À présent, l’apport des deux est très faible. La connaissance de la langue recule. Parce que les temps sont plus dangereux. On essaye de leur apprendre les principes de tolérance de leur religion, leur tradition, mais sans rien imposer. Ensuite, ils verront. Nous sommes plus sévères en ce qui concerne le Ramadan ou les mariages mixtes. Un musulman peut épouser une Française et non l’inverse. Enfin, c’est mon avis...

J’ai vu le quartier changer, l’urbanisme prendre le pas sur les champs. Il y avait moins de monde à mon arrivée, moins d’immigrés, moins d’immeubles. Un jour, au retour des vacances, il n’y avait plus de champs face à notre immeuble. On construisait vite.

J’ai vu le progrès, mais j’ai vu la vie régresser.

J’ai vu arriver les premiers hommes habillés ou déguisés en Afghans. Je les ai vus, il y a quelque temps approcher nos enfants, tourner autour des immeubles. Cela nous fait peur.

Et puis, il y a l’angoisse de la mort.

Je ne veux pas mourir ici. La façon dont on gère nos morts est insupportable. On doit attendre longtemps avant de récupérer le corps et de l’envoyer vers sa terre d’origine. L’administration vous fait attendre quinze jours. Or, nous devons respecter nos rituels. Le mort doit être enterré selon nos principes religieux. Je ne veux pas qu’on me mette dans une boîte froide. Chaque décès est celui de tous. Pour rire, parfois je dis que nous venons en France à pied et que nous repartons congelés !


La rencontre des cultures je la vis dans ma propre famille

32 ans
Né en France de père portugais et de mère française
Cuisinière
Travaille dans des associations
Vit au Sillon de Bretagne

Nous sommes plusieurs femmes à nous rencontrer ici, régulièrement, pour échanger, parler de notre quotidien, de l’éducation de nos enfants. Les sujets sont très variés. Et nous venons de toutes les confessions. Nous confrontons nos points de vue. C’est ainsi que les choses peuvent avancer.

Je suis dans le quartier depuis une dizaine d’années. Nous nous connaissons tous ici ou presque.

Je suis née à la Contrie. C’était encore la campagne à l’époque. Je suis de père portugais et de mère française. Il y avait beaucoup de Portugais, mais j’ai vécu avec les enfants d’autres communautés. Je me sens proche d ?ux. Les femmes portugaises ressemblent aux femmes du Maghreb. Nous avons un peu les mêmes rapports avec les hommes. Du respect et de la pudeur. Par exemple, je n’inviterai pas un homme chez moi, seule, sans la présence de mon mari. C’est la même chose chez les Maghrébines. Cela vient aussi de nos origines rurales, je crois que c’est ça, mon père est originaire de la montagne, un milieu très ancré dans la tradition et la religion. Ma grand-mère a toujours gardé la photo du pape au-dessus de son lit, alors que ma mère s’est convertie à l’islam après son deuxième mariage avec un Algérien. Je suis la seule fille baptisée de la famille. On ne nous a pas imposé de religion. Je me retrouve à présent, avec une sœur et un frère algériens. Ils ont l’âge de mes propres enfants. La rencontre des cultures, je la vis dans ma propre famille.

J’ai quatre enfants. J’ai eu le premier à vingt-deux ans. J’en voulais quatre. J’en ai quatre. Je ne voulais pas les avoir trop jeune, mais je ne voulais pas attendre non plus.

Parfois quand les enfants rencontrent mes frères, cela provoque quelques conflits puisqu’ils ont le même âge. Ce n’est pas triste... C’est sans doute partout pareil dans ces cas.

Mon père est reparti au pays. C’était son rêve. Là-bas, le rythme de la vie est plus proche de la nature. La maison est construite sur le rocher. On se lève avec l’arrivée du jour et on se couche avec son départ. Il y a moins de stress sans doute.

Le désir de mon père était de repartir. C’est son pays. Le pays de son enfance. Il est venu ici, en France, pour le travail. Il avait un contrat. Après la fermeture des chantiers Dubigeon, il n’avait aucune raison de rester. Il était âgé déjà et il n’avait pas envie de vivre sa retraite loin de ses paysages d’enfance. Il a raison.

Nous nous écrivons de temps en temps. Nous y allons moins qu’avant, mais nous nous écrivons.

Nous retournerons sans doute, mais pour le moment ma fille est petite encore. Dix mois. Et puis il faut de l’argent. Comme au Maghreb, on n’arrive pas les mains vides. On ramène beaucoup de cadeaux. Des vêtements surtout. Des choses dont ils ont besoin.

C’est une sorte de solidarité qui fonctionne encore. Il faut que les gens se parlent, aillent les uns vers les autres, se disent leurs peurs, leurs désirs, leurs problèmes. Ce n’est que comme cela que l’on peut avancer.

Il faut que les gens se racontent aussi, chacun ici est une mémoire. Il faut la sauver de l’oubli. Ici, plus que d’autres quartiers, j’ai le sentiment que les gens font des choses ensemble. Nous avons aussi la mémoire de nos parents à sauver...


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