Philippe Jaffeux | Mots |1

Lecture

La lecture est peut-être une forme d’écriture lorsqu’elle guide la recréation d’un texte qui offre un moyen de se lire ; de lire en soi-même. Lire c’est toujours traduire et interpréter ; la lecture transmute la matière écrite ; elle suppose une opération alchimique, une transfiguration. La page lue se dérobe à sa torpeur noire et blanche ; elle anime une prodigieuse expérience psychique. La lecture insuffle un souffle de vie à l’écriture ; elle redresse à la verticale des mots qui étaient couchés sur des phrases inertes. La manière, qui commande l’apparition d’un texte devant nos yeux, détermine un style de lecture. Chaque livre est réécrit, dans le silence, par l’histoire d’un lecteur-artiste qui redonne vie à des morts ou rendre présent une absence. La lecture d’un livre réalise, peut-être, entre l’auteur qui écrit et celui qui lit, une transmission mentale ; un phénomène télépathique qui n’a, en fait, jamais eu lieu. Le livre nous introduit, indépendamment de l’espace et du temps, dans la pensée d’un autre ; la lecture accouche aussitôt d’un autre livre, intérieur à nous-mêmes. Un texte trouve sans doute sa juste valeur lorsque le lecteur se transforme en un auteur de sa lecture. En tout état de cause, la lecture, à l’instar des partitions musicales, s’enrichit grâce à la variété de ses interprétations ; l’acte de lire surprend un texte qui est toujours neuf. Le livre incarne un miroir qui m’ouvre sur le fond de moi-même ; de nouvelles perspectives provoquent une délivrance inespérée de la pensée. La lecture s’agence avec un silence partagé ; elle s’articule avec une organisation involontaire de ma conscience. Des sensations affranchies de ma personne exaltent une énergie primordiale qui sollicite une appréhension inexplorée de ma réalité.

18 mai 2019
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